Comment élever un ado d'appartement ?

Ado

Anne de Rancourt, merci du fond du cœur.

Merci d’avoir écrit ce livre que j’avais commencé de façon blasée, peu inspirée, en me disant que cela allait être un énième bouquin prise de tête et ronflant sur les affres de l’adolescence et comment venir en aide aux pauvres parents dépassés par leur progéniture (et je me demandais si vous alliez partir dans une direction Rufo-esque genre lâcher-prise ou plutôt moralisatrice style Dolto.)

J’ai commencé à glousser page 14 quand vous écrivez : « Vous quittez à reculons la chambre odorante du cher bambin. Non sans avoir courageusement ouvert la fenêtre. Vous refermez, haletante, la porte de la cage. Pardon, de la chambre. »

Nouveau gloussement un peu plus loin page 33, concernant les ados-filles : « Sur le bureau, ou pourra éventuellement trouver un journal intime qui peut fermer à clef mais pas fermé à clef, caché ostensiblement. Vous ne le lirez pas, effrayée par l’avertissement très clair de la première de couverture : Je me tuerai sans hésité si je me rends compte que TU as lue ce journal. Je le saurai, même si TU prend toute les précaussions du monde ! »

Rire franc à présent, toujours sur les ados-filles, avec : « Sur le bureau on trouve aussi un mug en porcelaine avec une reproduction de chat, la queue de l’animal faisant office d’anse, elle l’a acheté pendant le voyage en Angleterre en 5° avec M. Bernard « trop fun, Monsieur Bernard, on a délire comme des oufs, j’ai halluciné comme il est trop cool ! Je voudrais trop l’avoir pour père, lui au moins, il me comprend ! »

Page 38, je ris tellement qu’on me demande ce que je lis. « C’est kankonmange ? » Faiiiiiiiiim ! » (peut être répété six cent cinquante huit fois dans certains moments paroxystiques, c'est-à-dire avant ou après le repas, rarement pendant.) « P’tain, c’est kikapri le dernier yaourt à la fraise ? » (à toute heure du jour et de la nuit) « Encooooooooore ! » (il y avait des frites au menu), « Faiiiiim ! » (je sais, je l’ai déjà dit, mais on voit que vous n’avez pas plusieurs ados à nourrir en même temps.) »

Page 93, je pleure de rire : « Si l’ado menace de faire une fugue, ne dites pas « Chouette, enfin une bonne nouvelle ! Je vais pouvoir me reposer ! », car ce serait mal perçu par la société, vous créeriez chez lui un épouvantable et irréparable sentiment d’abandon et l’ado risquerait de rester rien que pour vous embêter. »

Page 121, vous m’achevez. « « Bonsoir, André de Strasbourg. Peut-on éviter l’adolescence de nos enfants ? Oui, André, absolument ! Ça s’appelle la contraception. Sylvie, de Besançon. J’aimerais savoir si vous, personnellement, enfin si c’était à refaire, est ce que vous… Bonsoir, chère Sylvie et merci d’être venue. Pour répondre franchement à votre question, eh bien oui, si c’était à refaire, je referais un livre…Chantal, de Vannes. Puis-je me permettre de vous demander si vous-même personnellement, vous avez été adolescente ? Non, pas du tout : J’avais lu le livre avant. »

Merci, Anne de Rancourt, car en faisant rire ainsi, vous nous rassurez. Nous, parents d’ados filles et garçons, (et parents de petits enfants pas encore ados !...) nous ne sommes plus seuls. Vous qui élevez quatre ados d’appartement, (quel courage !) vous connaissez votre sujet sur le bout des doigts. Ah, comme on se sent bien quand on lit : « Rappel : l’ado d’appartement est imprévisible, seules les réactions bizarres de l’ado d’appartement sont prévisibles. Toute réaction normale de sa part serait inquiétante. Notre conseil à votre belle-sœur, à votre voisine et aux héroïnes des série télé : chère petite madame, consultez rapidement un spécialiste si l’ado d’appartement que vous élevez est aussi calme, affectueux, studieux et serviable que vous le dites ou que vous le suggérez à la télévision. »


Editions Chiflet & Cie

Des auteurs et des blogs

Beaucoup d'ecrivains ont des sites. Certains sont superbes, musique et plugins en sus. Mais peu ont des blogs. Je rappelle la définition du blog :  "Un weblog (mot anglais issu d'une contraction de web et log, log désignant les journaux de bord de la marine et l'aviation américaine) est un site web personnel  sur lequel une ou plusieurs personnes s'expriment librement, sur la base d'une certaine périodicité. Dans son usage francophone comme anglophone, weblog est fréquemment raccourci en blog. "

Il y a bien sûr, il y a les pionniers , Pierre Assouline. Et Virginie Despentes.

Mais pas tant que ça, d'auteurs qui blogent...

On peut citer Chloe Delaume. Sur son site,  un espace qui ressemble à un blog  : "remarques".  Extrait : "Y a des trucs que je ne m’explique pas. Surtout aujourd’hui où j’ai le temps. Par exemple, ici je comprends très bien où je suis, ce que je dis et pourquoi. Ici la question du comment, je ne m’en préoccupe pas. C’est bien pour ça que ça repose. Je parle, je ne dis pas. Ou alors pas souvent. Ce n’est pas de l’écriture, ça reste de la parole. Et même à la limite, parfois juste des informations. Qui sont quand même particulières et pas toujours très passionnantes. Je me demande si je viendrais me lire, en fait."  Se le demande-t-on aussi ? A vous de voir.

Citons aussi Claire Legendre, qui a le même système, un site et un endroit "journal"'. Mais là c'est pareil,  comme pour Chloe Delaume, on ne peut pas écrire de commentaires...Dommage... ""Vous êtes là comme des fonctionnaires, commes des moules accrochées au rocher" lançait cette semaine Dominique de Villepin aux journalistes venus l'attendre devant Matignon. Sans être une experte en mollusques, il me semble que la comparaison visant l'inanité de la fonction publique était mal choisie. Notre premier ministre - haut fonctionnaire s'il en est, l'homme est connu pour n'avoir été que ça toute sa vie durant - n'a sans doute pas beaucoup fréquenté nos littoraux - sauf pour un bref jogging médiatique façon Vénus de Botticelli. "

Michèle Gazier blogue "livres"  sur l'interface de Télérama, et ça  semble plutôt interactif. (Mais c'est plus "perso", que chez P. Assouline qui,lui, ne dit jamais rien de lui.)  "Mon ordinateur ayant besoin d’un sérieux nettoyage de printemps- il part demain se faire refaire une propreté -je n’alimenterai pas mon blog jusqu’au lundi 8 mai.  Je n’aime écrire que chez moi, sur cet ordinateur-là. Les autres m’intimident. A chacun son objet transitionnel."

Karine Fougeray , j'ai envie de la citer aussi tellement elle m'amuse :  "Ce blog est né il y a un mois et demi. Et voilà. Je n’ai plus d’inspiration. Mais que vais-je écrire aujourd’hui d’intéressant ? De drôle ? de Percutant ? De poétique ? De littéraire ? Je ne trouve rien à dire. J’ai la tête aussi creuse qu’un ballon dont l’air se serait échappé. Alors vous n’aurez rien. Mais rien du tout. Pas d’entrée, de plat, de dessert. Et pas de bon vin pour affûter votre palais."

Alors oui, pourquoi les auteurs bloguent ? Pour parler de quoi, au fond ? D'eux , de leurs livres, de ceux des autres ? De ceux qu'ils vont ecrire ?  Des soucis avec leurs éditeurs, de leur inspiration, de leurs blocages, de leurs idées ? Ah, comme j'aimerais lire le Blog de Modiano. Ou celui de Philippe Claudel...

TR