Que sont les clips littéraires devenus ?

Beigbeder Je me souviens, c’était au début des années 2000. Frédéric Beigbeder avait le vent en poupe et il s’était fait, parmi d’autres, le chantre du marketing appliqué à l’édition. Avec l’ouverture de la publicité au livre, on crut – pas plus de quelques semaines… - que celui-ci allait enfin disposer des moyens de promotion mass market qui lui faisaient tant défaut, et dont d’autres produits culturels disposaient depuis belle lurette (en particulier le cinéma et la vidéo). On avait juste oublié deux choses, à l’époque : que l’accès au canal télévisuel (même câblé) était prohibitif à l’échelle économique de l’édition ; et qu’il était bien difficile de vendre par l’image une œuvre où chacun, par essence, est appelé à se forger ses propres représentations.

 
Mes souvenirs sont d’ailleurs plus vagues encore quand il s’agit de convoquer quelques images des rares « clips littéraires » ayant jamais été diffusés sur les ondes. Il y avait, je crois, un truc très tartignole pour promouvoir je ne sais quel livre de Gonzague Saint-Bris…

 Mais si les antennes télévisées demeurent inabordables pour l’immense majorité des éditeurs – y compris les plus gros, et pour leurs auteurs les plus importants – les plateformes de diffusion vidéo telles que Dailymotion ou uTube ne vont-elles pas permettre – enfin !- au livre de s’offrir les sirènes de la vidéo pour convaincre de nouveaux lecteurs ? Ce qui a marché ces deux dernières années pour tant d’artistes musicaux va-t-il fonctionner pour un « produit culturel » a priori aussi difficile à « vendre » que le livre ?

 Rendez-vous bientôt (début février) pour quelques éléments de réponse, puisque l’éditeur suisse pour lequel je développe actuellement de nouvelles collections semble tenté par l’aventure. Il faut dire que les deux titres concernés, à teneur politique et polémique, se prêtent assez bien à cet exercice. Ne serait-ce que parce qu'ils se nourriront facilement d'images d'archives. Sera-ce aussi facile quand il s’agira de littérature ?
A suivre…

FP

Interview de Gilles Cohen-Solal

Rendons hommage à Wrath pour cette interview particulièrement intéressante de Gilles Cohen-Solal (éditions Héloïse d'Ormesson) qui évoque les "arrangements entre amis" du milieu de l'édition (prix littéraires, "fils et filles de",...). On y apprend pas mal de chose, notamment sur les Bienveillantes, le dernier Goncourt tant controversé !

T.C

Crêpage de chignon au Prix Femina.

La romancière Madeleine Chapsal exclue, et sa consœur Régine Deforges qui démissionne par solidarité, voilà de quoi mettre du piquant dans l’assiette des membres du jury Femina, confortablement installés à l’hôtel Crillon. M_chapsal_et_r_desforges_1En voici en tous cas assez pour relancer le débat sur la façon dont sont attribués la plupart des prix littéraires parisiens… Un secret de polichinelle, derrière lequel se cachent quelques gros éditeurs, et qui explique l’absence de fraicheur et de nouveauté dans le choix des prix décernés. Mais cela, tout le monde le sait !

        Ce qui est plus original c’est que l’on en vienne à virer un membre d’un aussi prestigieux jury sous prétexte qu’elle évoque dans un livre, les petits secrets des délibérations du jury Femina en 2004 et 2005… A bien y regarder, on peut penser que ce sont surtout les considérations un peu moqueuses sur le « gang du Femina » qui sont à l’origine de cette exclusion qui ne fait vraiment pas honneur à ce jury.

         Voilà qui manque cruellement de sang froid et de recul, et accrédite plutôt le doute sur l'absence de démocratie dans ce jury. Car, quand on n’a rien à se reprocher, pourquoi employer d’aussi violents moyens contre l’un de ses membres ?

         Cet épisode nous dit bien ce que sont devenus ces prix, ni plus ni moins qu’une petite farce entre amis, dont le déroulement est à l'avance réglé comme du papier à musique, et dont le larron est encore une fois le lecteur. Il serait peut être temps qu’émergent de nouvelles initiatives, de nouvelles idées pour renouveler un peu tout ce vieux monde…

S.B

DES DROITS A LA HAUTEUR

Lahire_1 La récente publication de la Condition littéraire : la double vie des écrivains de Bernard Lahire a ravivé ces dernières semaines un vieux débat sur la façon dont les écrivains – et les auteurs de livre en général – pouvaient être « exploités » par l’ »industrie de l’édition. Quand on sait en effet que la plupart des grandes maisons appartiennent désormais à des groupes qui sévissent par ailleurs dans les médias, l’armement ou que sais-je encore, on ne peut plus parler en effet d’artisanat mais bien d’industrie. Or, l’écrivain se trouve dans cette situation unique en son genre, de faire vivre par son travail tout un pan de l’économie culturelle, et de ne pouvoir lui-même en vivre. 99,99% des écrivains, vivent d'une autre activité : journaliste, prof, informaticien, élu, etc. Les auteurs qui parviennent à se nourrir grâce à leur seul « travail » d’écriture de livres se comptent en maigres poignées, sous nos latitudes… Autant dire que les jérémiades continuelles des intermittents du spectacle font sourire un peu jaune les professionnels de l’écriture, qui n’ont pour leur part aucun système équivalent pour les sponsoriser même si la plupart d’entre eux sont assez fair play pour soutenir le combat de leurs confrères du cinéma, du théâtre ou de la musique.

Cette situation est particulièrement flagrante et douloureuse en France où les % rétrocédés aux auteurs sont parmi les plus faibles au monde (jusqu’à deux fois moins importants que dans les pays anglo-saxons, en moyenne 7 à 8%* contre 12 à 15% en Angleterre ou aux Etats-Unis) et où, surtout, l’opacité qui règne chez les éditeurs sur les chiffres de vente et le calcul des droits est à peu près totale aux yeux des principaux intéressées… les auteurs !

L’objet de cette note n’est pas pourtant de faire pleurer Margaux (même si vous vous appelez Mireille ou Bernard). Non je voulais simplement vous annoncer l’initiative courageuse d'un dénommé François Vignes qui vient de créer L’agence des droits à la hauteur, par l'intermédiaire de son blog éponyme. Au-delà du jeu de mots plaisant, il y a la volonté de créer, avec le temps, un véritable front uni des auteurs faces aux scandaleuses conditions qui leurs sont parfois imposées…

Hélas, tous ceux qui ont déjà été en situation de conflit avec un éditeur à ce propos, savent que les moins scrupuleux d’entre eux n’hésitent non seulement pas à spolier les auteurs de leurs droits, mais s’adonnent hélas à ce que l’on pourrait qualifier de dumping intellectuel : un auteur n’est pas satisfait des conditions qu'on lui propose ? Ils s’en trouvera toujours un bataillon d’autres aussi talentueux pour frapper à ma porte et accepter MES conditons…. Déplorable, mais courant.

Alors, mission impossible, l'entreprise de François ? Time will tell…

* Entre le % du libraire et la part absorbée par le diffuseur-distributeur, reste à l’éditeur entre 40 et 50%, dont 7 à 8% (jusqu’à 10 ou 12% pour les « divas ») pour l’auteur. Avec les 30 à 40% qui lui restent, l’éditeur doit payer le travail d’édition, de correction d’impression et de promotion du texte en question.

FP

Bienveillances

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Un ami romancier  qui vient de publier un livre me confiait récemment qu'il n'avait jamais connu de rentrée littéraire aussi ardue. "C'est bien pire que l'année du Houellebecq," soupira-t-il. Il a raison, le petit monde germano-pratin ne bruisse que des Bienveillantes. Et Madame Michu, qui d'habitude se nourrit de Levy, de Nothomb, ou de Gavalda, veut absolument savoir qui est ce jeune homme américain qui écrit directement en français, et un pavé de 900 pages, en plus. Après l'extase quasi orgasmique qui a saisi tous les critiques littéraires (ou presque), l'heure des missives plus assassines est arrivée, avec ceci, et cela...Pierre Assouline dissèque tout ça fort habilement sur son blog, comme à son habitude. Toujours est-il que pour les 600 autres romanciers de cette rentrée littéraire 2006, il est vrai que la concurrence est rude, et les places dans la presse sont chères ; Littell monopolise tout : que l'on soit pour ou contre son bouquin. (Christine Angot doit s'arracher les cheveux, elle parlera sûrement de ces contrarietés dans son prochain roman...) Toujours selon Pierre Assouline, Littell est en France cette semaine pour la promo de son livre, mais il refuse d'assister à toute émission de télévision. Que pense-t-il  donc de cette French agitation autour de son livre ? Le dira-t-il ? Maybe...

Sensible diminution de l’espérance

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Alors, de quoi parle-t-on en cette rentrée littéraire à part l'omni-présente Nathalie Rheims avec sa mise en place pharaonique de 80 000 ex. et le billet plein d'humour de Pierre Assouline sur le Rendez-Vous (manqué...) de Christine Angot ? Eh bien du petit blog laconique mais efficace de Mister Houellebecq où il balance tout : son ras-le-bol, son angst et la tête de son chien. Michel H. avait un site, on le savait. Mais il a aussi un nouveau blog, bien plus croustillant. (Où il donne d'ailleurs son email : <michelhouellebecq@mac.com>) Pourtant, je ne suis pas plus bête que Frédéric Beigbeder - je suis, en gros, d’une intelligence comparable. Mais je suis, indéniablement, plus impulsif ; et aussi plus têtu (plus hargneux, plus rancunier, plus vindicatif). En somme mon intelligence, dans les traverses de la vie pratique, ne me sert à peu près à rien.L'écrivain affirme sur ce blog qu'il quitte les éditions Fayard et rompt tout lien avec le groupe Lagardère,( meme si ce dernier estime qu'il s'agit d'un "malentendu". )"Bien entendu, j'en tirerai sur le plan contractuel les conséquences prévues. C'est à dire que plus aucun de mes livres ne sera publié par une maison d'édition dépendant du groupe Hachette, et ceci dans aucun pays." Il en remet une couche : "Le second assassin s’est manifesté plus récemment, et m’a porté cette fois un coup qui pourrait bien être mortel. Il s’agit d’Arnaud Lagardère.Il semble aujourd’hui acquis que malgré les promesses formelles, tant écrites qu’orales, d’Arnaud Lagardère, le groupe Hachette ne participera pas au financement du film tiré de “La possibilité d’une île”. Et le coup de grâce :

"Les journalistes s’intéressent peu à Internet, il faudra donc que je répète tout cela à la presse, dans les semaines à venir. C’est vraiment une perspective pénible, parce que je suis bien obligé de constater que, dans cette affaire, Arnaud Lagardère s’est très mal comporté, alors qu’il m’avait fait, au départ, plutôt bonne impression ; je me suis fait rouler, du début à la fin, par des individus dénués de scrupules à un point presque incroyable. Il est toujours désagréable, et un peu humiliant, d’admettre qu’on s’est fait rouler ; mais c’est ainsi."

Billet complet ici.

Voir aussi l'article de nos confrères du Mille Feuilles

Les attachées de presse

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Elles ont un role crucial. Pour un auteur, pour un éditeur aussi. Une bonne attachée presse peut sauver un livre. Une moins bonne peut le couler. Mais il faut tout d'abord dire que la plupart sont des personnes dynamiques, enthousiastes, efficaces. Et il faut aussi dire qu'elles sont noyées sous une masse de livres effrayante. Une attachée de presse défend en même temps une bonne dizaine de bouquins. Certains sortiront du lot, d'autre pas.

Les auteurs sont -ils en géneral  contents de leur attachée de presse ? Une attachée de presse travaille dans l'ombre, on la connait peu. C'est donc rare et émouvant quand un auteur remercie publiquement son attachée de presse, ce qui fut le cas de Charles Dantzig avec  Aline Gurdiel de chez Grasset, lors de la remise du prix des Lectrices du ELLE.

A quand un Prix de l'Attachée de Presse ? Certains y songent déjà..

Beig n'est pas content

Beig

Dans le dernier numéro de LIRE, Frédéric Beigbeder explique pourquoi il renonce à son métier d'éditeur chez Flammarion pour se consacrer à ses romans.

"Ecoute-moi bien car je ne te le dirai pas deux fois. Aime ton éditeur. Remercie-le de se battre pour que tu existes. N'oublie pas que tu lui dois tout. Sans lui, admets-le: tu n'es pas grand-chose. Lui sans toi n'est rien mais, contrairement à toi, lui le sait. Plus tu as du talent, plus il a du mérite de croire en toi, par ces temps difficiles. Ton éditeur n'est pas un vil exploiteur mais un bon Samaritain: tu devrais l'encourager à profiter des bienfaits de ta plume, au lieu de t'en plaindre à longueur de journée. O.K., c'est pénible d'avoir un éditeur. Mais il y a un truc pire: en être un. Là je sens que je vais vraiment m'énerver. En France il y a deux catégories professionnelles que personne ne respecte: les hommes politiques et les éditeurs. Pourquoi? Il me semble que, par les temps qui courent, nous avons besoin de gens compétents (ou inconscients) pour se lancer dans ces deux activités. Je viens de quitter Flammarion car je n'arrivais plus à écrire. Ce n'est pas une catastrophe mais une question de concentration. J'espère gérer ma schizophrénie suffisamment pour pouvoir refaire ce boulot un jour. Mais il n'est pas normal que je ressente un tel soulagement depuis deux semaines! Cela me scandalise! Attention: je ne critique pas les gens avec lesquels j'ai travaillé trois ans, au contraire ce sont des saints. Jamais je n'ai vu une telle patience, une telle abnégation aussi peu récompensée. Et je suis fier de tous les livres que j'ai publiés: qu'on ne me fasse pas dire ce que je n'ai même pas pensé. Mais je ne comprends pas l'ingratitude et l'impolitesse de ceux qui aimeraient devenir des auteurs. Je déplore la piètre image qu'ont certains libraires et de nombreux critiques des passionnés qui font ce métier. Un éditeur est toujours considéré comme un escroc ou un larbin par tous les ringards égocentriques et cupides. Il est considéré comme normal de le harceler jour et nuit comme s'il était concierge d'hôtel. On le traite de vulgaire commerçant alors que s'il était commerçant il se lancerait dans le porno sur Internet ou le videogame en 3D! Je vous épargne les lieux communs sur l'édition: on croit qu'on va parler de lettres mais on ne cause que chiffres; un manuscrit sur mille est intéressant; les librairies sont submergées au moment même où elles sont désertées... Tout ça je le savais avant de siéger dans un comité de lecture. Pourquoi personne n'évoque-t-il le combat quotidien des éditeurs pour sauver ce qui peut encore l'être de la littérature? Des heures et des heures de relecture attentive, de corrections détaillées, de conversations érudites, de réunions stylistiques, de suggestions fines. Pourquoi rend-on systématiquement hommage (à juste titre) aux professeurs de lycée et ironise-t-on toujours sur les éditeurs pourris? Je n'ai jamais vu une corporation où il y ait moins de cynisme. Je sais qu'il y a beaucoup d'écrivains qui lisent Lire. Chers écrivains, je vous ordonne de téléphoner tout de suite à votre éditeur pour lui dire merci. Quant aux autres, ceux qui ont envoyé un chef-d'œuvre et ne comprennent pas pourquoi on ne leur a pas répondu le lendemain, qu'ils n'oublient pas que ce sont les éditeurs qui leur ont donné le goût de ce rêve. En deux décennies j'ai essayé quelques professions où j'étais payé très cher à rien foutre (et j'ai bien l'intention de continuer dans cette quête). Je peux vous garantir que dans l'édition c'était l'inverse: j'étais mal payé pour travailler jour et nuit. Il serait temps que ça se sache. Plus jamais je n'emmerderai mon éditeur. Mon expérience aura au moins servi à cela." F.B.

Rien que pour vos yeux !

Book_pile

Petit rappel :

Episodes UnDeux et Trois

Pour vous,  chers lecteurs de Blogauteurs : Mes  petites notes "perso" pour la rentrée litteraire....

NON !! Siii !!

Laurence Tardieu, Puisque rien ne dure, Stock
Superbe roman sur un homme et une femme qui ne se sont pas vus depuis 15 ans, partagent la douleur d’un enfant disparu et qui se retrouveront apaisés dans les derniers instants de la femme, malade.
Premier roman/Viviane Chocas, Bazar Magyar, ed Heloise d’Ormesson
La fille d’immigrés hongrois va faire l’apprentissage de la patrie inconnue de ses parents via la nourriture. Succulent et intelligent roman sur les racines, la transmission, les secrets de famille.
Marc Weitzman, Fraternité, Denoel
Deux frères que tout sépare se retrouve au chevet de leur père. Le sujet est intéressant mais l’écriture m’a gênée, tout est retransmis en monologue intérieur. Très politcally incorrect sur la France d’aujourd’hui. Pas trop mon truc. Mais ça va surement cartonner.
Jean-Philippe Blondel, Passage du Gué, Robert Laffont.
Un jeune homme va aider un couple d’amis à faire le deuil de leur enfant mort né. Ils se perdent de vue et se croisent, 20 ans plus tard. Un roman sensible sur l’amitié, la maternité, la paternité. Beaucoup aimé.
Virginie Reisz, Sonate d’été, Mercure de France
Une jeune femme s’adresse à son nouvel amant, qui lui se remet de la mort de sa compagne. Joliment écrit, poétique, mais pas ma tasse de thé, il ne s’y passe rien.
Premier roman « Le Passage à niveau » de Philippe Routier, Stock
L’histoire d’un cheminot dont le train percute une voiture et décime une famille sur un passage à niveau. Sa vie bascule, il tente de comprendre. Très bien.
Le dîner du commandant, Jean Cavé, Plon.
1991, une croisière offerte à un retraité et sa femme par leurs enfants. Il se retrouve à table avec un couple d’allemands. Un sombre passé revient. Beau roman riche et profond sur les cicatrices du passé et comment s’en remettre (si on peut ?)
Si ça vous a plu, je mettrai les notes suivantes..
A vous  de me dire !
:)