Idées reçues et contre vérités
Pour inaugurer mon arrivée sur ce blog collaboratif, il me vient l’envie de pousser un coup de gueule. Au risque de me faire jeter.
J’ai la chance et le bonheur – ou la malchance, si l’on se place parfois du point de vue de ma banquière – d’avoir la triple casquette d’auteur, de directeur de collection pour une "maison" parisienne indépendante, et d’animateur de publications littéraires. Il ne se passe donc pas une journée sans que je n’entende les mêmes réflexions qui se partagent en deux grandes catégories. D’un côté : "Ah ! Vous écrivez ? Et à part ça, vous faites quoi dans la vie ?" De l’autre : "Mon éditeur est un voleur, il m’exploite et s’engraisse sur mon dos." C’est un interminable procès d'intention, émaillé d'idées reçues et de contre vérités qui, décidément, ont la vie dure.
Et, puisque c’est un blog d’auteurs, parlons d’auteurs.
L’éditeur Pierre Nora, au détour d’une préface pour un rapport du Centre National des Livres, écrivait en novembre 2004 : "Je m'amuse parfois à résumer mes quarante ans d'éditeur dans une opposition hautement structurale et pas complètement caricaturale. Hier venait me voir un grand auteur avec 300 pages qu'il avait couru chez lui corriger au premier haussement de sourcil involontaire qu'il avait cru apercevoir, en s'excusant de vous avoir montré ces pages sous une forme imparfaite. Il ne demandait pas d'à-valoir anticipé et disproportionné, attendait gentiment la publication, remerciait tous les services, vendait 30 000 exemplaires et vous invitait à dîner pour vous remercier de ce succès inattendu. Aujourd'hui, l'auteur exige contrat et gros à-valoir avant d'avoir écrit une ligne, remet son manuscrit avec retard, finit par apporter triomphalement 600 pages. Six cents pages qu'il faut récrire sans en avoir l'air ou en négociant péniblement. Il récrimine contre tous les services, attend une publication rapide, se vend à 800 exemplaires, l'impute au manque de publicité et vous certifie qu'il ne reviendra la prochaine fois que bien parce que c'est vous. Encore heureux qu'il n'ait pas d'agent, la nouvelle plaie, par qui passent par définition les auteurs étrangers dont les ouvrages traduits se vendent par définition encore moins bien. Le miracle est qu'il y ait encore dans ces conditions des éditeurs..."
On ne peut être plus clair… Tout est dit. Pierre Assouline s’était fait l’écho de cette préface sur son blog. Et ce fut la déferlante de commentaires du style : "C’est bien, jusqu’à preuve du contraire, l’auteur qui effectue (au moins) 90 % du travail et reçoit (au mieux) 10 % des bénéfices. C’est bien l’auteur qui fait vivre l’éditeur, et bien plus rarement l’inverse." Tous pointent du doigt le vilain éditeur, l’affameur, le détrousseur de vieilles dames, faisant son beurre, et l’argent du beurre – sans oublier le cul de la crémière, pourquoi se priver ? – sur le dos de ces pauvres écrivains – mal aimés, incompris, spoliés, et j’en passe… –, qui n’en peuvent plus, acculés à la ruine, à la déchéance et à la misère, mais qui persistent à expédier leurs manuscrits à ces voleurs patentés que sont les éditeurs… Il y a du Bloy et du Céline dans ces jérémiades qui ne font malheureusement pas avancer le débat, si débat il devait y avoir. Et la relation éditeur-édité est la même depuis qu’un individu en a convaincu un autre de lui confier la gestion de ses droits intellectuels pour l’aider à diffuser les fruits de sa pensée au plus grand nombre. Mais de grâce, n’en jetez plus ! Arrêtez, tel l’esclave dans Salammbô, de saler les lentilles avec vos propres larmes.
Je fais donc partie de ceux qui voient passer des factures d’imprimeurs et de distributeurs, des notes d’honoraires de graphistes et de cabinets de relations presse, des budgets de fonctionnement avec les coûts fixes et variables et des relevés de comptes d’auteurs. Je vois également passer ces centaines de manuscrits qui sont tous étudiés – dont la plupart ont cette saveur de déjà vu, déjà lu – et agrémentés de notes de lectures, refusés ou défendus en comités. Et, désolé, mais je n’ai pas l’impression de voler les auteurs dont j’ai la charge du suivi.
On ne le répétera jamais assez : écrire n’est pas un métier, même si c’est une impérieuse nécessité. Les écrivains qui ne vivent que de leur plume se comptent sur les doigts des mains ; et c’est la conséquence d’un long processus basé à l’origine sur un investissement à long terme de l’éditeur. Écrire suppose le plus souvent d’avoir un autre métier (enseignant, journaliste…), avant de franchir le pas. Il n’y a là rien de déshonorant. Nous ne sommes plus à l’époque où de jeunes héritiers disposaient d’une fortune ou d’une rente, leur permettant de se consacrer pleinement à l’écriture, souvent par désoeuvrement : Flaubert, Gide, Proust, pour ne citer qu’eux ; et qui d’ailleurs publiaient le plus souvent à compte d’auteur. Pour les plus sceptiques, je leur suggère de se procurer les relevés d’auteur de Gide, d’avant 1920… Les temps ont changé, l’édition s’est industrialisée. On peut certes le déplorer, mais c’est ainsi, il faut faire avec. Ce qui n’empêche pas, soyons honnêtes, certains éditeurs d’en profiter et de se comporter comme des margoulins. Nous les connaissons tous. Autant ne pas s’adresser à eux… De même que je ne nie pas l’opacité du système. Mais, quelles que soient les réformes et autres améliorations qui pourraient lui être apportées, vouloir vivre de sa plume dès le premier roman, voire même le second, relève de l’utopie et du rêve éveillé. Dans l’écriture et l’édition, il y a une part de prise de risque qui, quoi que l’on en pense, pèse plus sur l’éditeur que sur l’écrivain. Je ne nie pas non plus la dimension marketing qui parfois prend le pas sur l’instinct ou tout simplement le désir. Mais une démarche purement marketing et rémunératrice permet aussi en parallèle à l’éditeur de prendre plus de paris sur de nouveaux auteurs. C’est basique. Et lorsqu’il verse cent mille euros d’à-valoir à un auteur, il sait ce qu’il fait. Lorsqu’il n’en verse que 2000, il paie pour voir. L’avance n’est qu’une avance. Et, au risque de choquer, il me semble que les relations seraient beaucoup plus sereines s’il n’y avait pas d’à-valoirs, mais une réalité des comptes, dans une logique de marché, d’offre et de demande.
Je regrette d’ailleurs amèrement que l’édition à compte d’auteur soit à ce point dévalorisée, décriée et mise à l’index. Au lieu de cela, les écrivains putatifs pourraient se rendre compte in vivo, in situ, de visu et de facto des difficultés à imposer un livre, et son auteur, aux commerciaux, aux représentants, aux médias, aux libraires et, in fine, aux lecteurs…
Ceci étant dit, il y a un aspect du sujet rarement – voire jamais – abordé. Alors que je me confiais la semaine dernière à l’un de mes éditeurs – et néanmoins ami –, au sujet d’un auteur m’ayant rendu un manuscrit ni fait ni à faire, avec plus de huit mois de retard, texte finalement refusé parce que ne correspondant absolument pas au projet de départ (mais rémunéré rubis sur l’ongle le jour de la signature du contrat), il me fit cette réponse évidente : "On parle toujours des auteurs qui se plaignent de leurs éditeurs, et jamais des défaillances des auteurs…" Effectivement, parlons-en aussi. Mettons les pieds dans le plat.
Nous vivons une période formidable où chacun se targue d’être écrivain. Il y a en France quelque trois mille écrivains répertoriés comme tels (par les Agessa notamment), qui vivent exclusivement de leur plume et… plus de 2 000 000 (je le mets en chiffre pour bien marquer les esprits) de personnes qui écrivent. C’est énorme ; mais c’est tant mieux. La question n’est pas là. Beaucoup de gens, donc, qui écrivent, et presque tout autant qui se flattent de savoir écrire. Combien de fois ai-je entendu des phrases dans le style : "Ah ! Moi aussi j’aurais tant de choses à raconter" ; et aussi : "Si j’avais le temps, avec la vie que j’ai vécue, je ferais un succès de librairie", ou encore, la phrase qui tue : "Mais vous vendez du vent : quand je pense qu’il suffit d’aligner des phrases ; si je voulais… " Et lorsque les tenants de cette dernière assertion me demandent pourquoi j’écris, je réponds, histoire de couper court : "Mais tout simplement pour coucher avec des filles !" – quoi qu’il me faille bien admettre que le résultat n’est pas encore à la hauteur, ni de mon énergie, ni de mes espérances… Beaucoup s’installent devant la feuille blanche et noircissent du papier : leur quotidien d’écrivains se résume alors très vite à écrire leur quotidien. Sans parler enfin de l’écriture conçue comme une thérapie, le dévidoir d’une diarrhée verbale intarissable, toute une vie chiée sur une rame de papier. Il suffit de demander à n’importe quel éditeur : la fonction de publier s’apparente souvent une séance géante de psychothérapie ; sans parler des auteurs qui harcèlent le standard, criant au complot, ne concevant pas de ne pas être publiés, persuadés de tenir en main le prochain Goncourt, hurlant à la censure au moindre déplacement de virgule, intransigeant à la moindre suggestion de modification du texte.
L’écriture, le monde du livre et des Lettres font fantasmer. Car "ce qui est redoutable pour les écrivains, disait très justement Jacques Chardonne, c’est qu’ils écrivent ; et même ils se font voir et entendre partout où cela est possible, en toutes saisons". Connaît-on d’autres activités, non artistiques, qui font fantasmer à ce point ? A-t-on déjà entendu un quidam non médecin s’écrier dans un dîner en ville : "Une appendicectomie ? Mais je vous en fais dix au petit déjeuner !" ?
Le problème reste entier. Pour ceux qui ne manquent pas de talent et qui ont franchi toutes les épreuves de ce qui est parfois considéré comme un parcours du combattant, Pierre Nora, dans son coup de gueule en forme de préface n’a pas tout à fait tort. On pourrait dérouler la longue litanie des carences, défaillances et autres travers des auteurs que l’éditeur se doit de gérer à vue : les retards, les "pertes" d’inspiration, les doutes à trois heures du matin, les manuscrits qui partent en vrille, les problèmes d’alcool et autres substances illicites, de couple, d’argent, d’huissiers, de susceptibilité, d’ego, j’en passe et des meilleurs. Et je pourrais même écrire un livre sur l’insondable génie créatif des excuses bidon de l’auteur en retard… Combien d’éditeurs ont l’étrange sensation d’être des psy, des banquiers, des confesseurs, des conseillers informatique version traitement de texte, des rebouteux de l’âme et du corps, des redresseurs de torts, avant d’être tout simplement des éditeurs ?
Et au final, tout le monde sait qu’un livre qui marche, c’est grâce au talent de l’auteur, et qu’un livre qui se plante, c’est à cause de l’éditeur, celui-là même qui, une fois l’ouvrage imprimé, mettra tout en œuvre pour planter le lancement et s’interdire toute chance de retour sur investissement…
J’en resterai là pour ne pas rentrer dans des détails désobligeants. Mais à y regarder de près, le rapport éditeur-édité n’est pas loin du rapport mari-femme dans un couple : on s’aime, on se le dit ; on s’engueule, on se déteste, on se le dit aussi. On se déchire, mais au final, on reste ensemble, pour les enfants au mieux, pour le chien au pire.

"Ce qui n’empêche pas, soyons honnêtes, certains éditeurs d’en profiter et de se comporter comme des margoulins. Nous les connaissons tous. Autant ne pas s’adresser à eux..."
Non ! "Nous" ne les connaissons pas ! Veuillez donner des noms. Moi, je ne les connais pas et j'aimerais les éviter. "Soyons honnêtes", dites-vous : si vous voulez ne pas rester dans la rhétorique et vraiment avoir les mains propres, allez au bout du nettoyage, s.v.p. Nous vous en serons tous redevables.
Rédigé par: Berlol | le 06 février 2007 à 17:18
Bonsoir Joseph,
"Ah ! Vous écrivez ? Et à part ça, vous faites quoi dans la vie ?" De l’autre : "Mon éditeur est un voleur, il m’exploite et s’engraisse sur mon dos."
J'en souris car ce sont des phrases qui effectivement ont tendance à devenir des "leitmotiv" et qui trouvent des frères et soeurs dans d'autres domaines professionnels.
L'éditeur est supposé publier et mettre en vente une oeuvre, voilà! En tant que jeune auteur, de par la date de la publication de mon premier roman), je ne suis pas en mesure de me définir comme ayant du talent car je cherche d'abord avant tout à communiquer avec le lecteur. A ce stade je pense qu'il est préférable de ne pas succomber à faire enfler ses chevilles. Lorsqu'on écrit, les sensations qu'on éprouve sont absolument sans limites. En vivant ces sensations, je ne me suis pas sentie une "star" des mots (rendez-vous compte, une star ac des écrivains!!!) et une fois mon premier roman publié, ma joie la plus grande a été de partager. Je souhaite qu'il soit lu le plus souvent possible (dire le contraire serait hypocrisie pure). L'auteur n'est pas censé être ou devenir un devin ni un être exceptionnel; l'éditeur n'est pas censé être le médecin et le sauveur de l'auteur. Si les deux se "trouvent" c'est génial, j'ai bien aimé votre coup de gueule
Si par curiosité il vous venait l'envie de lire mon roman, n'hésitez pas à me le dire
Françoise
Rédigé par: Bachmann Françoise | le 06 février 2007 à 18:32
Bonsoir Joseph,
"Ah ! Vous écrivez ? Et à part ça, vous faites quoi dans la vie ?" De l’autre : "Mon éditeur est un voleur, il m’exploite et s’engraisse sur mon dos."
J'en souris car ce sont des phrases qui effectivement ont tendance à devenir des "leitmotiv" et qui trouvent des frères et soeurs dans d'autres domaines professionnels.
L'éditeur est supposé publier et mettre en vente une oeuvre, voilà! En tant que jeune auteur, de par la date de la publication de mon premier roman), je ne suis pas en mesure de me définir comme ayant du talent car je cherche d'abord avant tout à communiquer avec le lecteur. A ce stade je pense qu'il est préférable de ne pas succomber à faire enfler ses chevilles. Lorsqu'on écrit, les sensations qu'on éprouve sont absolument sans limites. En vivant ces sensations, je ne me suis pas sentie une "star" des mots (rendez-vous compte, une star ac des écrivains!!!) et une fois mon premier roman publié, ma joie la plus grande a été de partager. Je souhaite qu'il soit lu le plus souvent possible (dire le contraire serait hypocrisie pure). L'auteur n'est pas censé être ou devenir un devin ni un être exceptionnel; l'éditeur n'est pas censé être le médecin et le sauveur de l'auteur. Si les deux se "trouvent" c'est génial, j'ai bien aimé votre coup de gueule
Si par curiosité il vous venait l'envie de lire mon roman, n'hésitez pas à me le dire
Françoise
Rédigé par: Bachmann Françoise | le 06 février 2007 à 18:32
Je suis profondément chagriné par cette intolérance contre le "cul de la crémière". Sans elle, sans lui, vous ne seriez sans doute pas là. Nous ne pourrions compatir à vos malheurs, partager votre altruisme, savourer votre courtoisie, courtiser vos faveurs, respecter votre professionalisme, admirer votre desintérêt, forcer notre respect, respecter votre force.
Le "cul de la fermière", Monsieur, c'est la littérature, c'est la France eternelle, celle de Péguy et de Jary. Il est rabelé. Ne le salissez pas pas, ne le calomniez pas, honorez-le, cultivez-le, rendez lui grâce!
Perrette, Flaubert, Jeanne et Maupassant sont passé par là. Pas vous; par où?
Repentez-vous; inclinez-vous. Je sais que votre parole a dépassé votre pensée.
ANTOINE CIBIRSKI
Rédigé par: Cibirski | le 06 février 2007 à 23:24
Mon cher Joseph, pour ma part je ne me plains pas des éditeurs, mais seulement de quelques frivolités, voire inéquités, dans le système. Au final, seul face à moi-même, je ne m'en prends pas aux éditeurs qui refusent de me publier, mais à moi seul. Ce n'est pas seulement par éthique personnelle (quoique cela compte : il est toujours bon de se convaincre du caractère perfectible de notre texte), mais aussi pour ma tranquillité d'esprit : si je commence à m'en prendre au Système dès que je n'ai pas ce que je veux, je n'ai pas fini...
Sur les à-valoir, je suis d'accord avec le principe que vous énoncez, quoique je ne le vois guère venir. Cela dit, il nécessitera sans doute quelques ajustements qui risquent de faire grincer bien des dents...
Sur le compte d'auteur enfin, je continue à le considérer avec beaucoup, énormément de circonspection. Et vous admettrez que les arguments avancés en sa faveur (en gros, l'auteur se rendrait compte par lui-même de la difficulté de publier et de vendre un livre) ne sont tout de même pas suffisants.
Pour le reste je suis d'accord, et n'ai aucun mal à imaginer des auteurs ne comprenant pas qu'on leur refuse quoi que ce soit. Mais on a les auteurs qu'on mérite : autrement dit, tout ça est un miroir du temps, un temps qui a fait du livre un objet de consommation immédiate, dont on attend surtout argent, prix et gloriole. Mais évidemment, les éditeurs ne sont pas en reste, et on voit mal comment eux-mêmes échapperaient audit esprit du temps.
Merci pour ce bon gros coup de gueule. S'il est par définition discutable, il n'en demeure pas moins assez juste dans ce qu'il soulève.
Marc V.
Rédigé par: Marc Villemain | le 07 février 2007 à 11:43
dualité entre l'art et le marketing. Faut-il faire le procés des éditeurs français? Là est la question. En attendant, le constat sur la publication est assez inquiétant.
Rédigé par: styx | le 07 février 2007 à 19:04
Mon cher Joseph,
C'est sûrement vrai tout ce que vous dites sur les éditeurs et n’étant pas dans la profession je ne me permettrai pas d’en juger. Il y a pourtant quelque points dans votre texte qui m’interpellent.
Est-il vraiment impossible que dans la masse des manuscrits reçus il n’y en ait pas quelques-uns qui sortent du lot ? En tout cas, les auteurs qui sont aujourd’hui reconnus ont bien dû, eux aussi, commencer par envoyer anonymement leur texte. Il a bien fallu qu’on les remarque et qu’on les propulse au premier rang. Ou alors ce serait avouer que d’office il y a ceux qui sont introduits et recommandés et les autres, ceux dont on ne se donnera même pas la peine de lire le manuscrit. Laissons cette hypothèse de côté, qui porte trop atteinte au métier d’éditeur et qui est trop décourageante pour les auteurs en herbe. Tenons-nous en donc à la version officielle, celle que vous donnez.
Pourquoi, puisque 99 % des manuscrits envoyés sont mauvais et se ressemblent tous faut-il tant de mois (quand ce n’est pas d’années) pour recevoir une réponse ? Si le texte proposé est vraiment mauvais, il doit y avoir moyen de s’en rendre compte au bout de dix minutes de lecture. Pourquoi donc faire croire, par cette attente exagérée, que le texte subit un examen minutieux et qu’il suit un parcours compliqué qui pourrait déboucher sur une éventuelle publication ?
Vous parlez d’un auteur qui vous a rendu « un manuscrit ni fait ni à faire, avec plus de huit mois de retard, texte finalement refusé parce que ne correspondant absolument pas au projet de départ ». A ce que je vois ces auteurs consacrés sur lesquels l’éditeur fonde ses espoirs ont aussi leur carences. Pourquoi dès lors miser sur ceux-ci s’ils vous déçoivent tellement ? Je retiens aussi en passant qu’il s’agissait d’un livre de commande, autrement dit que l’auteur en question avait pour mission de produire ce qu’on lui demandait et non plus d’exprimer ce qu’il ressentait au plus profond de lui. C’est peut-être cette situation tronquée, qui l’apparente à un nègre, qui explique son mauvais travail et non une négligence coupable. Sinon, une nouvelle fois, pourquoi s’acharner avec des gens qui se moquent de vous ?
Parce que, me direz-vous, l’éditeur sait ce qui se vend et qu’il oriente dans ce sens la production de ses auteurs, afin tout simplement de survivre économiquement. C’est une démarche qui peut se comprendre, en effet, mais qui laissera toujours perplexe tout passionné de l’écriture. Le risque est grand, en effet, de voir certaines maisons, dirigées par ailleurs par un comité de direction et des actionnaires, privilégier les intérêts économiques à la véritable production littéraire. Autrement dit, il serait dommage de voir uniquement mis en avant des textes dont on sait à l’avance qu’ils plairont au plus grand nombre. Ceci dit sans mépris aucun pour ce plus grand nombre, mais vous qui êtes par ailleurs un passionné de l’écriture, je sais que vous comprenez ce que je veux dire. Nous préférerons toujours Rimbaud ou Flaubert à la biographie arrangée de quelque célébrité du moment.
Mais revenons à cet auteur dont le manuscrit, arrivé huit mois en retard, vous a déçu. Vous dites qu’il avait été rémunéré rubis sur ongle à la signature du contrat. Une nouvelle fois on ne comprend pas la démarche de l’éditeur qui avance ainsi de sommes considérables en misant sur un hypothétique succès alors que les jeunes (et moins jeunes) qui débutent ne recherchent aucune rentrée d’argent avec leurs manuscrits puisqu’ils ont déjà un autre métier. Ce qu’ils veulent, eux, c’est une reconnaissance symbolique. On sait d’ailleurs que même s’ils voulaient autre chose, leur statut de débutants ne leur permettrait pas d’espérer quoi que ce soit. Je suppose que l’explication de cette énigme doit être trouvée dans le fait que cet écrivain est déjà connu du public et donc que son nouveau livre se vendra forcément mieux que celui d’un simple débutant. Le raisonnement se tient du point de vue de l’éditeur, mais vous conviendrez qu’il satisfait peu la horde des aspirants qui piétinent aux portes des maisons d’édition. Il ne satisfait pas non plus les lecteurs que nous sommes tous ici et qui voient le succès d’un auteur primer sur la qualité de ses textes, ce qui nous ramène à la remarque de tout à l’heure : est édité celui dont le succès commercial est assuré. Et c’est vrai que l’auteur, lui, ne prend pas de risques financiers, tandis que l’éditeur, s’il veut survivre, doit veiller à bien mener sa barque. Mais à ne vouloir miser que sur des succès commerciaux comme le font certaines maisons (dans lesquelles je ne vous englobe pas) la qualité générale de la production risque de s’en ressentir à moyen terme.
Voilà, me direz-vous, les propos désabusés de quelqu’un qui a été déçu par le monde éditorial et vous n’aurez pas tort, je le concède bien volontiers. Mais sortons, si vous le voulez bien, de mon exemple personnel. Je lisais récemment le livre d’Echenoz, « Je m’en vais ». Je ne lis jamais les lauréats du Goncourt au moment des prix, préférant que le tam-tam médiatique qui les entoure malgré eux se soit quelque peu calmé. En effet, rien ne vaut une démarche personnelle pour se rendre compte de la valeur de ces auteurs et je méfie des professionnels de la critique qui n’ont pas toujours la liberté de ton qu’on serait en droit d’attendre d’eux (copinage, renvoi d’ascenseur, etc.). Ainsi par exemple, si j’ai lu « Les Bienveillantes » de Little c’est avant qu’il n’obtienne le prix et en quelque sorte parce qu’à ce moment il ne l’avait pas encore obtenu.
Mais revenons à Echenoz. A la fin de son roman, paru aux éditions de Minuit, il livre quelques réflexions sur son métier d’écrivain. Au sujet des éditeurs, il ne cache pas qu’il avait envoyé son manuscrit à de nombreuses maisons et qu’il avait chaque fois essuyé un refus systématique (le tout libellé comme il se doit dans une lettre stéréotypée, ce qu’on pourrait aussi reprocher aux éditeurs qui avouent rarement la raison réelle de leur refus). A la fin, il avait à peu près contacté tout le monde, sauf les éditions de Minuit, qui représentaient pour lui ce qui se faisait de mieux en matière d’édition. L’engouement qu’il leur portait était à la mesure de la crainte qu’il avait de s’adresser à elles. Néanmoins, en désespoir de cause, il se jeta finalement à l’eau et voilà qu’il obtient une réponse positive dans les deux jours. Là il faudra que l’on m’explique. Ou ce roman n’est pas bon (mais pourquoi alors a-t-il obtenu le Goncourt) ou il l’est mais pourquoi alors a-t-il essuyé autant de refus ? Imaginons un instant que les éditions de Minuit, sur le caprice de l’un de ses conseillers littéraires, ait elles aussi refusé le livre d’Echenoz, ce monsieur en serait encore aujourd’hui à remplir ses tiroirs avec tous ses manuscrits.
Cela revient à dire qu’il ne suffit pas qu’un manuscrit soit bon, il faut encore qu’il trouve preneur. En d’autres mots, il faut qu’il trouve un éditeur dont la sensibilité corresponde à ce qui est développé dans le texte proposé. C’est l’évidence même, me direz-vous. Evidemment, on n’imagine pas un éditeur de la droite conservatrice publier des pamphlets révolutionnaires ni un passionné de textes intimistes défendre des romans d’aventures rocambolesques. C’est normal. Mais si on se place du point de vue de l’auteur en herbe, avouez qu’il n’est pas toujours facile pour lui de trouver l’éditeur dont la sensibilité corresponde à la sienne. Perdu dans la jungle ambiante, anonyme de surcroît, il ne peut qu’envoyer au hasard de la Poste l’histoire qu’il a si amoureusement peaufinée, ce qui fait ressembler sa démarche à celle d’un Robinson lançant une bouteille à la mer. A la fin, il se lasse et se replie sur son île, nourrissant envers ceux qui n’ont pas trouvé sa bouteille une rancune aussi compréhensible qu’injustifiée.
Rédigé par: Feuilly | le 08 février 2007 à 15:22
Ça a le mérite d'être clair...
Rédigé par: Jo Ann v. | le 08 février 2007 à 17:10
Je vous répondrai durant le week-end, cher Jean-François. Merci de réagir : ce type de débat est toujours constructif.
Bien à vous.
Rédigé par: Joseph Vebret | le 09 février 2007 à 23:50
Jean-François,
Je comprends ce que peut ressentir l'auteur en herbe vanant frapper aux portes de l'éditeur. S'il s'adresse à une maison connue, la réponse sera "ne fait pas partie de nos collections". Il peut alors se tourner vers les petits éditeurs...
Mais comment le petit éditeur peut-il faire face aux importants groupes d'industrie culturelle qui disposent d'argent frais et qui peuvent mettre la main sur des "produits commerciaux" et qui ont la possibilité d'acheter (espace public, droits inédits pour l'étranger, traducteurs, auteurs) ?
Il arrive sans doute un moment où l'éditeur, lassé de vouloir survivre en passant par une surproduction, sera considéré tel un margoulin.
Rédigé par: françoise Bachmann | le 10 février 2007 à 11:23
Chacun peut crier mini-mini-mini à la porte des autres. Désolé donc que l'on vous pose des questions idiotes. Mais, me semble-t-il, la question n'est pas là. Vous êtes donc auteur, éditeur ET critique. La France littéraire dans sa splendeur! Je sais bien qu'il faut vivre et rares sont ceux qui peuvent se contenter de leurs droits d'auteurs pour gagner leur vie. Alors comme la majorité des "écrivains" français, au lieu de vivre d'un métier honorable(prof, informaticien, garagiste, fille de joie), on vit sur la bête. Puisque j'écris, je sais lire, me voilà lecteur chez un éditeur. Puisque je sais lire, je peux diriger une collection, me voilà éditeur. Puisque je sais écrire, lire et compter, je peux devenir critique. Puisque je suis critique, éditeur et écrivain, je devrais avoir un prix. Et comme je connais ainsi tellement de gens qui ont des relations...
Si vous continuez sur cette voie, après quelques années à passer la brosse à reluire, vous aurez ce Prix,bientôt une assiette à la table d'un jury et, si vous avez été aimable (ou docile) avec les forts et intraitable avec les faibles, vous serez élu à l'Académie française.
Et voilà pourquoi la littérature française est muette!
Ailleurs, en Amérique par exemple, être écrivain n'a rien de glorieux. Pas une chance d'être invité à un dîner avec la place réservée à droite de l'hôtesse (une Lady, pas une crémière, ce qui, je vous le rappelle est mauvais pour votre cholesterol à partir d'un certain âge), pas une chance qu'on vous demande pour qui vous allez voter, etc. Un exemple (dans tous les sens du mot) : Russell Banks, fils d'un ouvrier
alcoolique qui le tabassait, est devenu écrivain après avoir vécu cent vies, fait cent métiers, visité cent pays (voilà quelques histoires à raconter, non). Après quelques livres Toni Morrison l'a invité comme prof d'écriture à Princeton. Les facs américaines qui sont chères sont aussi riches et certaines commençaient à en avoir marre de produire des critiques de livres, de cinéma, de danse, de théâtre. Ils ont donc ouvert des sections d'écriture,de cinéma, de théâtre. Former des artistes au lieu de profs ou de critiques. L'un n'excluant pas l'autre, évidemment. C'est ainsi que Banks comme bien d'autres a pu vivre et travailler pendant plusieurs ennées après avoir animé des ateliers de quelques mois. Sans consacrer son temps à grenouiller à New York dans les maisons d'édition qui, elles, à force de marketer à outrance sont dans un piteux état. Lire le livre d'André Schiffrin à La Fabrique (L'édition sans éditeurs). L'exemple américain vaut ce qu'il vaut, mais qui comprendra dans vingt ans ce qui s'est passé dans notre monde? En lisant les auteurs américains ils auront sans doute plus de chance qu'en lisant les auteurs français. Oui, je sais la littérature n'est pas la sociologie mais ne pensez-vous pas que Toni Morrison, Philip Roth, etc, ont une voix, un style?...
Cher auteur-éditeur-critique, si vous avez du temps, relisez Montesquieu. Ce qu'il dit sur la séparation des pouvoirs devrait être inscrit en lettres de feu au-dessus de toutes les librairies, maisons d'édition
et bureaux d'écrivains. Exception faite du quai Conti qui se suffit à lui même. On pourrait se contenter d'écrire maison de retraite des écrivains, ou... La Roue tourne!
A moins d'une naïveté confondante vous admettrez avec moi que cumuler les casquettes d'éditeur de critique et d'auteur n'est pas seulement immoral. C'est la certitude que très vite le dit auteur n'a plus grand chose à écrire d'intéressant. Combien d'entre eux passent leur temps à se regarder le nombril en écrivant l'histoire d'un auteur quii n'arrive plus à écrire. Et le tout en trois cent pages totalement inintéressantes. Quand on ne sait plus comment qualifier cette prose on la range dans la catégorie autofiction. Je préfère lire les notes ou les romans de Zola, le journal de Mauriac, etc
En toute confraternité
Rédigé par: critique puis éditeur | le 10 février 2007 à 15:21
A la seule différence que ce prix littéraire je l'ai obtenu avec mon premier roman, alors inconnu de tous et avant même que je ne sois éditeur et critique : j'avais alors un métier tout ce qu'il y a de plus honnorable : conseil en stratégies politiques.
Quant à mon prochain roman, vous avez vu juste : il y est question d'un type qui n'arrive pas à écrire son roman, et pas sur 300 pages, mais près de 500...
Juste un détail : en qualité d'éditeur je ne touche pas à la fiction, au roman ou à la littérature, mais aux documents d'actualité. Et je ne suis pas critique : j'anime des revues où je mets à disposition des espaces de liberté pour des auteurs et je n'interviens jamais dans leurs choix.
En qualité d'auteur, je ne publie jamais chez les éditeurs pour lesquels je travaille. Et je dors comme un bébé, la conscience tranquile.
Rédigé par: Joseph Vebret | le 10 février 2007 à 18:43
Bonne nuit!
Rédigé par: critique puis éditeur | le 11 février 2007 à 18:40
Pour informations : Pétition - Tarifs postaux et circulation des idées :
Avec l’accord de l’Atelier du Gué, éditeur indépendant ( http://www.atelierdugue.com/ ), qui en est l’initiateur, nous hébergeons sur notre site une pétition concernant les tarifs postaux et la diffusion du livre et de la presse. Vous pouvez la lire et la signer à cette adresse : http://www.cynthia3000.info/petition/index.php?petition=3 et elle est présentée ainsi sur notre blog : http://www.cynthia3000.info/blog/p,69/ . Nous vous serions très reconnaissant si vous relayiez cet appel, qui nous semble important pour l’avenir de l’édition indépendante.
Bien Cordialement, Céline Brun-Picard et Grégory Haleux. Editions Cynthia 3000
Rédigé par: Cynthia 3000 | le 12 février 2007 à 20:03
Bonjour, en voila un site où des gens qui savent écrire savent aussi s'envoyer des vannes! Il est dommage de ne pas balancer les noms des éditeurs peu scrupuleux, ce serait à la fois utile et courageux.
En ce qui concerne les relations avec les éditeurs, il se trouve que moi j'ai de très bonnes relations avec mon éditeur qui est plutot sympathique. Il faut dire que je ne lui coute pas trop cher...
Cela étant dit si des ecrivains veulent travailler dans le monde de l'édition et bien ça les regarde(ce n'est pas mon cas). De toute façon, même si je suis ravi d'être édité, les gens qui aiment écrire pratiqueraient cette activité même sans être publié. Pour ceux qui veulent être lu et trouver un echo il suffit de faire un blog, je vous donne le mien:
http://juliendesplanques.en-normandie.com/
Mon livre s'intitule: "Tableau noir et gyrophare" publié par les éditions Orphie.
cordialement
Julien Desplanques
Rédigé par: desplanques | le 15 février 2007 à 15:50
Voila une engueulade comme je les aime une de celles qui font que lorsque les hommes se parlent, même avec rudesse, après ils se respectent... Oui, les machines et leurs mécanismes sont là, là aussi la souffrance. Combien de fois pour une même texte s'être vu envoyé sur les roses, pire qu'un caniche qui n'avait pas fait sa crotte au bon endroit. Cinq, dix ans à reprendre le texte et à s'acharner dessus, prendre des coups sur le ring et sortir à chaque fois ko sans aucune explication sur son mauvais jeu. Et un beau jour, un rêve, une femme sublime part avec votre manuscrit sous le bras et revient trois mois après avec un contrat. Pas d'avaloir, Pas de droits d'auteurs non plus, c'est pas grave. c'est le prix de la sortie du tunnel. Dix ans pour trouver un éditeur pour le premier manuscrit, dix jours pour le second. J'étais mûr. Je suis allé partout, ai accepté toutes les conditions. Des journées entières sur ma chaise à attendre l'acheteur et j'ai vendu, j'ai tenu des conférences en librairies, partout... Puis mon éditeur qui fait faillite, pas de sa faute non plus, le diffuseur l'a plombé... Lui avec qui pendant des années je me suis engueulé sur la forme, le style, jamais sur l'argent... On a travaillé ensemble, il a remonté une structure, je reviens vers lui, parce que j'ai pas trouvé bourrique plus humble, ni plus têtu avec qui je peux m'engueuler, bouder, revenir et lui pareil. Puis finalement accepter de se remettre en cause et de laisser le jugement à une tiers personne quand on campait chacun sur sa position. J'ai volé à son secours pour lui trouver un job quand sa structure a coulé. C'est sûr, on va continuer à travailler ensemble, car être éditeur, c'est un métier aussi dur que celui de plumitif et que j'ai besoin de cette carne d'éditeur parce que je suis pas foutu capable d'abattre le quart du dixième de son boulot sans un centime et en gardant mon sang froid. parce que finalment sans lui je ne suis rien... Mes deux cent feuilles sans son travail , je peux m'asseoir dessus. Ce type m'a rendu service à la hauteur des ses moyens, en me publiant quand tous les autres avant m'avaient refusé. A moi de ne pas me comporter comme un chien avec lui si jamais un jour ça marche... Mais ça c'est pas prêt d'arriver...
Rédigé par: Saïd Mohamed | le 20 février 2007 à 15:58
contrairement à françoise Bachman, je ne cherche pas à avoir le plus de lecteurs possible...je cherche juste à avoir du talent.J'ai envoyé quatre fois mon manuscrit par la poste, sans lettre d'accompagnement. Deux fois j'ai été publiée.J'ai brûlé les manuscrits refusés.( ils "nourriront" ceux à venir...)Merci pour cet article qui remet les choses à leur place, j'ai moi aussi tendance à critiquer les éditeurs sans trop réfléchir...
Rédigé par: marie-pierre françois | le 28 février 2007 à 10:00
On peut avoir du talent et rester caché
qui donne les critères d'un talent ? quelle est la place du lecteur ?
pourquoi alors chercher à se faire publier ?
par humilité ?
si je ne veux pas de lecteurs, j'imprime mes pages et je les distribue à mes proches et à mes copains/copines
Je n'ai pas la capacité de juger de mon talent mais j'ai la liberté de dire des autres qu'ils en ont.
Un proverbe japonais dit "tu peux rester immobile dans le courant d'une rivière, mais pas dans le mondes des hommes"
Et si nous reprenons le thème de lire/écrire, Alain Albalat, dans l'art d'écrire dit : "lisez quand vous voudrez écrire ; lisez quand vous saurez écrire ; lisez quand vous ne pourrez plus écrire. Le talent n'est qu'une assimilation. Il faut lire ce que les autres ont écrit, afin d'écrire soi-même pour être lu."
Rédigé par: françoise bachmann | le 28 février 2007 à 12:45
cher joseph,
c'est avec grand interêt que j'ai lu votre post.
Il n'en reste pas moins que l'économie du livre est en pleine ébullition. Il faudrait souligner la grande différence entre les grandes maisons d'édition, qui font partie de grands groupes, et qui éditent des auteurs "ciblés" pour des "livres" ciblés qui s'adressent à des "lecteurs" ciblés; et puis les moyennes, petites et toutes petites maisons d'édition qui ne peuvent pas forcément donner d'à-valoir, qui éditent par passion, qui bousculent les idées reçues et prennent beaucoup plus de risque que ces grandes maisons d'édition qui trustent les prix, les radios et les pages du magazine Lire.
Ayant moi même été éditrice, j'ai préféré délaissé le monde du marketing, des distributeurs qui s'engraissent largement, des diffuseurs, des grandes librairies qui travaillent l'oeil rivé sur le chiffre d'affaire, pour m'adresser directement aux lecteurs, par le bouche à oreille.
Il faudrait aussi parler des libraires, tenus de vendre ce qu'on leur demande, qui reçoivent massivement des best sellers, promis à une vente certaine car sortis à grand renfort de panneaux publicitaires et d'interviews dans les magazines.
Et puis, il y a aussi cette sur-médiatisation de quelques auteurs, dont on ne sait plus vraiment ce qu'ils font, plante verte sur les plateaux télés ou écrivains ?
Il n'en reste pas moins que l'édition est partagée entre de l'écriture en tant qu'art et l'écriture en tant que business...
Rédigé par: fred desbordes | le 28 février 2007 à 17:00
Les petits éditeurs, Fred, dis-tu ? On "défend" toujours les petits éditeurs, et il y en a oui, qui méritent de l'être, qui font du super boulot, et je suis une des premières à acheter leurs livres... mais il y autant de petits éditeurs "peu sérieux" qu'il y en a de grands. 2 ans après la publication (chez un éditeur "reconnu") de mon troisième texte, que j'avais envoyé en priorité à des "petits" éditeurs, j'attends toujours leur réponse, pour une majorité d'entre eux. Un ami qui cherchait à se faire renvoyer son manuscrit après des mois de non-réponses ou de refus s'est entendu répondre plusieurs fois "ah on l'a perdu"... et combien d'entre eux laissent l'auteur se "débrouiller" tout seul une fois le livre publié ? Il y a des éditeurs sérieux, oui, mais autant chez les "grands" que chez les "petits". Je mets des guillemets parce que la grandeur serait plutôt à chercher dans la qualité du travail... Il faut arrêter ce mhyte "petit" = intègre...
Rédigé par: Em | le 03 mars 2007 à 13:12
mythe désolée
Rédigé par: Em | le 03 mars 2007 à 13:13
Votre article et les commentaires qui ont suivis sont très instructifs. Pourquoi les maisons d'édition ne chercheraient-elles pas à publier à "compte d'édition" les écrivains publiés en auto-édition, à compte d'auteur ou imprimés à la demande qui en valent la peine ? J'ai créé un blog où je parle de certains de ces écrivains "méritants d'être lus". Pour lire autrement.
Rédigé par: Sarvane | le 20 mars 2007 à 09:49
Cher Joseph,
J'écris pour être célèbre, gagner énormément d'argent, coucher avec des filles sublimes, prendre des drogues pour l'instant hors de mes moyens. Lorsqu'après avoir lu mes manuscrits vous déciderez de m'éditer, je me plierai à vos moindres désirs (dans les limites de la décence), travaillerai jour et nuit pour faire toute modification nécessaire, tout aménagement de mon texte.
Merci par avance pour votre compréhension, je ne suis pas un ingrat et laisserai une partie de la gloire retomber sur vous.
Votre dévoué,
Jam
Rédigé par: jam | le 11 avril 2007 à 10:19
Personne n'est obligé d'écrire.
Ecrire, activité chiante.
Ecrire, pour se donner le droit de lire davantage et autrement.
Publier ? C'est compiler les malentendus. Plus quelques belles rencontres.
Patience, infinie patience des éditeurs, orpailleurs solitaires : même lorsqu'ils appartiennent à des fonds de pension - bénédictins guettant la paillardise toujours possible d'un véritable festin de mots.
Publier, pour se donner le droit d'écrire encore.
Ecrire, activité chiante.
C'est lorsqu'elle ne t'est plus nécessaire.
C'est lorsque tu en es enfin détaché.
C'est lorsque tu vis vraiment cette écriture qui te traverse et qui n'es pas toi : ni souvenir, ni épenchements. Mais ouverture.
A ce moment là.
Plus besoin d'écrire.
Ca y est.
Tu es un écrivain.
Rédigé par: le petit gregory | le 24 avril 2007 à 14:26
"Plus besoin d'écrire"...Quand on deviendra particules sautant d’un rêve à l’autre...
Rédigé par: Uni | le 10 septembre 2007 à 02:35