POURQUOI JE NE LIRAI PAS LE GONCOURT...
Parce que je ne lis presque jamais le prix Goncourt.
Parce que je n’aime pas les pavés de 900 pages, même si certains
sommets (Mort à crédit, Belle du seigneur, Don quichotte…) m’ont prouvé
qu’un pavé pouvait aussi être un chef d'oeuvre digeste.
Parce que dès livres sur la Shoah, même vue de l’intérieur, il y en a des wagons si on me pardonne cette facilité de langage mal placée, et que même avec tout le génie littéraire qu’on lui prête, cet auteur ne saura pas me convaincre qu’il fera plus bouleversant que le récit des rescapés. Il y a certains sujets qui sont irréductibles à la littérature...
Parce que j’aimerais qu’au moins une fois on récompense dans un grand prix littéraire autre chose que de l’histoire récupérée et ressassée.
Parce qu’il semblerait furieusement que ce type soit un imposteur et que le nègre qui a donné corps à sa copie aurait dû recevoir la moitié du prix (et des droits d’auteur du carton actuel).
Parce que j’ai envie de donner une chance à au moins un autre des quelques 700 romans sortis cette année en septembre.
Parce que Gallimard n’a pas besoin de mon argent (d‘autres éditeurs, si).
Parce que quand on me le décernera, je veux pouvoir jouer au jeune con en disant que je n’ai pas lu le plus gros carton commerciale de l’histoire du Prix.
Parce que je me sens soudainement solidaire de ce pauv’ Houellebecq et que, à ma petite échelle, j’ai décidé de le venger.
Parce que si je trouvais ça bien, finalement, je n’aurais pas l’air couillon…
Ca ne vous semble pas suffisant, ça ?
PS : le Goncourt 2006 a donc été attribué aux Bienveillantes "de" Jonathan Littel (Gallimard).
F.P

Milles excuses, mais il faut que je le dise : c'est de la pure chiasse ce billet... le résultat purulent et débilitant d'une diarrhée chronique mal soignée... si je peux me permettre cette allusion que les lecteurs de Littell seuls comprendront...
Au programme du prochain billet, auto-fiction : "Pourquoi être si médisant sous couvert d'un cynisme poujadiste de dessous les fagots?"...
Rédigé par: tsquaron | le 07 novembre 2006 à 14:06
Allez Jonathan, on t'as reconnu... Alors comme ça, malgré le succès, que dis-je la gloire, toi aussi tu rôdes dans les allées de la fnac afin de t'assurer de la bonne mise en place de ton livre, et tu fais le tour des sites qui parlent de toi en tapant ton nom sur Google ? Mais dis moi tsquaron, où as tu trouvé le temps d'écrire le dernier Goncourt et poursuivre de tes billets vengeurs tes petits voisins blogeurs ?
Rédigé par: Dab75 | le 07 novembre 2006 à 14:47
Allons, allons, voyons, tsquaron, votre réponse à FP, là, ne se tient pas des masses.
J'ai entendu, sur France Culture, Aranud Laporte et Madeleine Chapsal secendre en flammes le Littell, à peine écrit, tout juste bien documenté historiquement, n'arrivant pas à la semelle d'un Angot...
et puis dès le départ ce livre a éveillé, comme par vases communiquants, autant de malbeillance que son titre, l'inverse.
Bon, bon.
Je voudrais d'abord dire que ce n'est pas la faute de son auteur, si un livre se vend à 250 000 exemplaires, ni s'il obtient d'un coup deux prestigieux prix littéraires, même si les dés des prix sont pipés.
Je voudrais dire... allez, tant pis pour vous, je vous joins un interminable commentaire d'un interminable livre. Je tiens à préciser que je l'ai lu bien avant l'annonce des prix !
Allez, hop, plongeons dans Littell (et j'ai un secret à vous dire à ce sujet, mais bon)
Je fais partie des 200 000 personnes qui ont acheté le livre de Jonathan Littell. Je n’avais pourtant lu ni une critique, ni un commentaire. Mais le nom de l’ouvrage est venu à moi, par une sorte de bouche à oreille, comme en flottant.
J’ai commencé à lire dans la nuit de vendredi à samedi, et je l’ai fini lundi, deux jours plus tard donc, vers trois heures du matin…
Je le trouvais interminable, ce livre (894 pages, ce qu’on appelle couramment un pavé) , et pourtant je ne l’ai pas lâché avant la dernière phrase, et je n’ai aucun souvenir de ce que j’ai mangé, ou bu, pendant le temps de ma lecture. Les miens, tout ce week-end, ont été comme repoussés dans un grenier. Je les ai laissés seuls ramasser les pommes à cidre, dans le grand pré vert. Je suis restée dans la cuisine rouge, ou la nuit dans mon lit, à lire les mots de Jonathan Littell, sans prêter plus d’attention aux autres qu’un chat qui se lèche.
Il faut peut-être dire tout de suite à ceux qui voudraient acquérir ce livre, et qui souhaitent qu’on n’en déflore ni le sujet, ni les péripéties, d’arrêter de lire ce message. Je me sens incapable de ne PAS en parler. Je n’ai survécu à cette lecture, interminable et impérieuse à la fois, qu’en relevant les multiples interrogations qu’elle soulevait chez moi (comme le cœur se soulève), et qu’en me promettant d’écrire, non une critique, mais un compte rendu des effets du livre sur mon organisme tout entier…
Je voudrais dire d’abord que ce livre m’a rendue humble : la connaissance de la période traitée, la culture que l’auteur a prêté à son héros, dépassent amplement mes quelques informations et savoirs. Je croyais pourtant connaître un peu et l’histoire, et l’idéologie nazie, et la Shoah. Je suis allée à Oswiecim, j'ai marché du camp I au camp d’Auschwitz-Birkenau. J’ai vu les montages de chaussures, les amoncellements de valises, les ballots de vêtements. J’ai lu les témoignages, les mémoires d’Anne Franck et les comptes rendus de Nuremberg, vu les films de Lanzmann, tant de livres, tant de films… Je croyais savoir, avoir compris. Je ne savais pas grand’chose, ou si peu.
Les noms de lieux, par exemple. Le héros va de la Pologne à l’Ukraine, de la Crimée à la Poméranie, de Paris à Stalingrad, suivant ainsi la ligne chaotique et géographique de la seconde guerre mondiale, en Europe. Mais dans le livre, les noms, si précis, ne me renvoient qu’à des questions : la rivière Bug, au nom informatique ( !) où coule-t-elle exactement ? et le Sbrutch ? Où sont placées, sur la carte, les villes de Sokal, de Lutsk, de Lemberg ? Qu’est-ce donc que la « question uniate », que l ‘ »esprit ruthène » ? Qui donc pouvait bien être Dimitri Donskoi ? (et ceci entre cent autres noms !) L’érudition de son auteur, qu’il partage avec son héros, lui permettant de citer Platon, Stendhal, Shakespeare ou Kant à chaque fois qu’il veut illustrer une thèse, où approfondir l’analyse et la description de l’idéologie nazie, ne paraît pas avoir de borne, et j’en suis réduite à tracer, dans une marge imaginaire, des points d’interrogation autour de tout ce que j’ignore !
Au début du roman, puisque roman il y a, la première partie s’appelle « toccata » ( les parties ont ainsi des noms de morceaux de musique : gigue, allemandes, menuet : Bach ?) , et dévoile le dessein du héros : prouver que dans chaque nazi, il y a un homme, « comme vous et moi ». Après tout, je me souvenais d’Hannah Arendt, et du procès Eichmann : la grande philosophe n’avait-elle pas dit quelque chose de cet ordre, refusant toute « monstruosité » aux bourreaux, mettant au jour, par contre, la banalité du mal, la bureaucratique organisation fasciste ? A la fin de ces quelques vingt premières pages, où le héros, puisqu’il faut bien l’appeler ainsi, planqué désormais dans la peau d’un industriel banal, revendique hautement et son humanité, et sa fraternité avec son lecteur, je me suis demandée comme l’auteur allait me faire avaler cela. Certes, la littérature repose sur le processus d’identification, surtout quand, comme dans ce livre, le narrateur parle à la première personne. Mais enfin, je suis femme, française, républicaine, démocrate. : je ne voyais pas comment l’auteur allait me glisser dans le cerveau d’un SS participant, souvent derrière un bureau, parfois en première ligne, aux, (encore un autre terme que je ne connaissais pas ) « einsatzgruppe ». Et puis, sitôt la deuxième partie entamée, les mots allemands, si inconnus de moi, me renvoyaient à la même difficulté que j’ai jadis rencontrée, quand j’ai commencé à lire les romans russes du 19 è siècle : on passe continuellement, avec juste un glossaire en fin de livre, d’un « sturmabannduhrer » à un « unterscharfurhrer », sans que le héros s’attarde à une quelconque traduction ! Je croyais pouvoir ainsi, facilement, « tenir à distance », et le propos, et l’abomination à laquelle il se réfère.
Mais c’était compter sans l’obstination, et le talent, de l’auteur de ce livre. A contrario de son héros, l’auteur ne « fait pas dans la dentelle », lui. Il assène, argumente, décrit de l’intérieur ce qui, de l’extérieur, apparaît comme proprement insoutenable : la solution finale, et comment on y arrive.
Il fait toucher du doigt la banalité de son personnage, intellectuel fourvoyé, bureaucrate accompli, « fonctionnaire », quoi, tout ceci mis au service de projets tous plus inhumains et monstrueux les uns que les autres. Mais il a l’habileté de faire prendre du recul à son héros, qui, pendant toute la première partie du livre, va rencontrer des savants, ou bien des techniciens, qui tous relèveront les fourvoiements de l’idéologie nazie. Le héros lui-même, qui somatise à tout va à chaque massacre, vomissant, faisant sous lui, qui se raccroche à chaque fois aux jouissances purement physiques de bains très chauds, dont il sort invariablement « rouge et marbré », qui s’enivre de bons vins de France ou d’alcools forts, qui pratique une sexualité d’une brutalité masochiste, qui émet des doutes et qui a pour amis des gens sympathiques, eh bien, on en arrive presque à se sentir proche de lui, "comme lui". On le voit comme il veut qu’on le voit : intègre, rejetant le sadisme et la débauche la plus ignoble qu’il doit malgré lui côtoyer, cherchant malgré tout un sens à ses actions, , essayant de faire de son mieux, dans une sorte de dignité dérisoire, la tâche qui lui est confiée, si abominable soit-elle.
Cependant, petit à petit, on se rend compte que le héros ne met pas vraiment, pas radicalement, son idéologie en doute. Il la vomit, certes, mais il s’en sert, et dans la seconde partie, il s’en fera lui aussi le chantre, à plusieurs reprises. A chaque « mission », à chaque voyage, l’auteur reprend le même déroulement, embobine les mêmes fils : le narrateur arrive, cherche, comme dans n’importe quel corps de fonctionnaire ou de salariés, à se rapprocher de ses collègues, participe aux intrigues de cour, analyse la situation, fête les anniversaires et fait son travail. Mais petit à petit, au fur et à mesure que le héros perd la raison, le lecteur ne peut que s’arrêter de le suivre et commence lui aussi à le rejeter.
Je ne sais pas ce qu’Hannah Arendt aurait dit de ce livre, et peut- être la seule question à se poser est-elle là. Je crois que c’est ma plus forte interrogation . Je ne sais pas non plus comment, si j’étais en face de l’auteur, je le regarderai. Un tel livre soulève forcément des questions sur son dessein : pourquoi l’écrire, pourquoi écrire « cela », pourquoi exhumer toutes ces horreurs, sur ce mode romanesque je veux dire (il n’est pas question que l’Histoire oublie cela !)
Le héros a évidemment une vie personnelle placée toute entière sous le signe de la tragédie. Je n’en suis pas sûre à 100 %, mais les « Bienveillantes » du titre, d’après moi, font référence aux Erynnies qui ont déchiqueté Oreste, après qu’il a tué Egisthe, l’amant de sa mère, et Clytemnestre, sa propre mère responsable de la mort d’Agamemnon. A plusieurs reprises, il est fait mention de ce mythe, notamment au travers des relations entre le héros et son ami Thomas, décrits aussi liés qu’Oreste et Pylade. Mais si je me souviens des relations incestueuses avec sa sœur Electre ( décrites bien plus précisément chez Giraudoux que dans l’Electre de Sophocle ou chez Euripide, il me semble, et dont il n’est pas dit un mot chez Racine), je n’ai gardé aucun souvenir d’un quelconque meurtre de Pylade par Oreste ?
Encore une question, encore une interrogation… L’auteur joue de sa culture, ainsi, sans arret, pour dérouter le lecteur. Je voudrais savoir si ce que j’ai repéré, à savoir un pillage revisité d’un des thèmes de Tristan et Iseult (« l’eau hardie », permettant à Iseult la Brune d’avouer à son frère que Tristan ne l’a jamais touchée), l'auteur l’a fait sciemment ? Parfois, il cite ses références, (l’histoire si belle de la Ville d’Ys) ou encore il situe précisément dans l’espace et le temps ses procédés romanesques (les anniversaires récurrents, les conversations « entre collègues » répétitives, les rêves du héros, tous plus freudiens les uns que les autres) , parfois il s’en sert sans piper mot.
Mais cette répétition de la structure de son récit, jusqu’au caractère prévisible, téléphoné, de certaines scènes (la hache à portée de main du tueur, précisément comme au début de Crime et Châtiment, et la scène décrite comme Dostoievski l’aurait sans doute fait) sert encore son dessein, et renforce la banalité de son héros qui sombre, comme l’Allemagne, dans la démence.
C’est un roman dont on ne peut sortir intact. Jusqu’aux œuvres de musique, si abondamment citées (de Couperin à Bach, en passant par tant d’autres, Stockhausen par exemple) : on a furieusement envie, à la fin du roman, d’en interdire l’écoute au héros définitivement « impur » : n’y a-t-il pas là comme un ricanement de l’auteur ?
Et puis, bizarrement, ce livre m’a renvoyée à une anecdote de mon adolescence : dans mon collège, un livre « interdit » circulait : il s’agissait du « jardin des supplices » d’Octave Mirbeau. La petite fille qui me le prêta me recommanda de n’en lire que les passages marqués en rouge. Les autres, disait-elle, n’avaient pas d’intérêt. Les passages marqués en rouge relataient exclusivement les supplices chinois décrits par Mirbeau. Son propos général (opposer la brutalité meurtrière de l’occident au cruel raffinement de l’orient) n’intéressait visiblement aucun autre lecteur que moi. Je me demande (tant les crimes et les débauches sont décrits précisément, dans Les Bienveillantes), si de tels malentendus ne peuvent pas surgir aussi à propos de ce livre. Si des lecteurs ne foncent sur ce remarquable ouvrage, uniquement poussés par de malsaines curiosités. Si j’étais devant l’auteur du livre, je crois que je n’oserais pas lui demander son avis sur cette question. Et pourtant, d’après moi, le risque est là, tant l’entreprise consistant à se mettre dans la peau d’un nazi peut sembler dangereusement attirante, pour qui n’a pas d’appareil critique suffisant, à l’instar du héros du livre, pourtant solidement outillé intellectuellement.
Et puis, non. Une fois que j’ai reposé le livre sur ma table de chevet, que j’ai enfin éteint ma lumière, ouverte depuis deux jours et deux nuits sur les mots de Littell, que j’ai tenté d’échapper à l’insoutenable « vérité » qui échappe de ce « roman », je me suis souvenue que l’humanité ne comprenait pas que des Eichmann, marionnettes n’avançant qu’emberlificotées dans leurs propres fils. Il existe aussi des Arendt dans ce monde, et je suis sûre, convaincue, que Jonathan Littell relève de cette dernière catégorie.
Moi ce qui m'épate absolument chez Littell, outre le degré de culture et de connaissances, c'est la construction de son livre, reprenant, mission du héros après mission du héros, les mêmes éléments : l'arrivée, les collègues, les massacres, les "réparations" psy du massacre (le bain, les beuveries, les repas, les anniversaires) la mise en cause de l'idéologie et finalement les bévues du héros, au niveau de sa carrière. Plus la rencontre à chaque fois de Thomas-Pylade. Ces éléments sont parfois imbriqués différemment, mais se répètent toujours, dans une mortelle répétition, à l'image du héros. L'image qui me vient à l'esprit est dans Orféo negro : la descente aux enfers représentée par un escalier à vis,,,
L'autre élément troublant, ce sont les citations non répertoriées. De Villon de la première phrase "Frères humains qui après nous vivrez", à tristan, dans tout le livre, à côté de citations prises en tant que telles, revendiquées, combien d'emprunts mis là comme 'allant de soi" ? c'est assez troublant, je dois dire...
tel que, le livre de Littell, dont on ne peut s'identifier au héros complètement, à moins d'accepter la démence et la souillure, dont l'écriture, à la fois érudite et simplissime, est assez "ahurissante", dont le sujet, qui fait référence à une réflexion philosophique d'Arendt mais qui la traite de manière romanesque, est absolument déroutant, ce qui, à mes yeux, est évidemment une qualité rare, puisque chaque lecteur est ainsi "sommé", pour ainsi dire, de "prendre parti". Pourtant, ce n'est pas un livre polititique ! Quel foutoir à migraine !!
Entre les dizaines de trucs que j'ai notés au sortir du livre de Littell, pour me renseigner dessus, il y a celle-ci : à un moment, le narrateur revient à Paris, où il rejoint la joyeuse bande d'intellos d'extrême-droite de "Je suis Partout" - Brasillach et autres. Et au beau milieu, le nom de Supervielle !
Il se trouve que j'aime beaucoup Supervielle. L'enfant de la Haute Mer, par exemple, sorte de poème d'une exquise sensibilité (sauf qu'évidemment à la fin, comme on a les yeux tout mouillés, pour la lecture c'est coton !). Je sais qu'il est né à Montevideo, qu'il est "l'homme de la Pampa" (bien avant les Tontons flingueurs).
C'était un vrai, grand poète, par exemple son poème "la demeure entourée", avec sa construction circulaire autour de l'image de la main de l'écrivain sur sa table, fait partie de la petite quinzaine de poèmes que je trimballe à jamais dans ma caboche.
Je n'ai jusqu'à aujourd'hui JAMAIS eu vent d'une quelconque accointance de Supervielle avec les milieux français d'extrême-droite pendant la guerre, et je n'arrive pas à faire coïncider l'image de l'auteur de la "demeure entourée" avec un Brasillach ou un Céline. Pas de haine en lui, d'après moi.
Je vais faire des recherches, mais cela fait partie des multiples interrogations qui entourent le livre de Littell.
Allez, ne nous refusons rien, un petit copié/collé de la Demeure Entourée :
La demeure entourée
Le corps de la montagne hésite à ma fenêtre :
" Comment peut-on entrer si l'on est la montagne,
Si l'on est en hauteur, avec roches, cailloux,
Un morceau de la Terre, altéré par le Ciel ? "
Le feuillage des bois entoure ma maison :
" Les bois ont-ils leur mot à dire là-dedans ?
Notre monde branchu, notre monde feuillu
Que peut-il dans la chambre où siège ce lit blanc,
Près de ce chandelier qui brûle par le haut,
Et devant cette fleur qui trempe dans un verre ?
Que peut-il pour cet homme et son bras replié,
Cette main écrivant entre ces quatre murs ?
Prenons avis de nos racines délicates,
Il ne nous a pas vus, il cherche au fond de lui
Des arbres différents qui comprennent sa langue. "
Et la rivière dit : " Je ne veux rien savoir,
Je coule pour moi seule et j'ignore les hommes.
Je ne suis jamais là où l'on croit me trouver
Et vais me devançant, crainte de m'attarder.
Tant pis pour ces gens-là qui s'en vont sur leurs jambes.
Ils partent, et toujours reviennent sur leurs pas. "
Mais l'étoile se dit : " Je tremble au bout d'un fil,
Si nul ne pense à moi je cesse d'exister. "
ah là là.
"je ne suis jamais là où l'on croit me trouver
et vais me devançant, crainte de m'attarder"
Je ne sais pas vous
Mais moi
Ca me laisse à genoux.
Pourvu que Littell ait déraillé grave ou qu'il ait mis ça là pour rigoler (encore que, rigoler dans les Bienveillantes, faut voir)
Je me renseigne (à nous Wikipédia et les moteurs de recherche) et je reviens
Pourvu que !
Clopine Trouillefou, un peu fatiguée et les yeux en compote.
Rédigé par: clopine | le 07 novembre 2006 à 14:56
pertinent ! On peut dire ce que l'on veut, en tout cas c'est lui qui a le Goncourt 2006, nègre ou pas, 700 autres romans ou pas. Lui-même trouve abhérent le marketing littéraire français. En tout cas, ce Goncourt -dont il se fout royalement- lui est mérité.
Rédigé par: Fi | le 07 novembre 2006 à 15:47
Brilant et documenté ? Je n'en doute pas. Mérité... peut-être ? Mais est-ce ma faute à moi, oserai-je le dire dans ce concert de louanges et cette défense vibrante, si les pavés de 900 pages sur la Shoah, aussi virtuoses soient-ils, me restent "là" ? Ce que j'attend de la littérature c'est qu'elle crée des mondes nouveaux, pas qu'elle m'ouvre la cave puante des anciens. On me parlera de "devoir de mémoire", ce à quoi je souscrits... mais pas en littérature. La littérature n'est pas l'Histoire, elle n'est tenue à aucune précision, elle est "révisionniste" par essence, et c'est cela qui nous transporte. Pas le compte rendu scrupuleux de ce qui a été, de triste mémoire...
Rédigé par: Fred | le 07 novembre 2006 à 16:53
Oui, c'est bien là une des interrogations majeures que pose le livre de Littell. Pourquoi faire oeuvre ROMANESQUE (le devoir de mémoire étant lui inscrit dans l'histoire, IMPERATIVEMENT).
Cher Fred, si vous aviez lu attentivement ma réponse-fleuve, vous auriez reperé cette interrogation-là aussi.
Je reconnais que ma prolixité peut être aussi imbuvable qu'un café bouillu. Donc vous êtes pardonné d'avance.
je m'attends un peu à ce que Littell me réponde :
un, qu'un artiste ne choisit pas forcément ses sujets, qu'ils lui sont parfois imposés par des évidences qui regardent son inconscient
deux, qu'un artiste ne choisit pas forcément son art, qu'on est sculpteur ou écrivain , et que lui ne sait rien faire d'autre qu'écrire. (sinon il aurait plagié Guernica et on n'en parlerait plus)
D'où les 900 pages des Bienveillantes.
Enfin, là, j'extrapole la réponse à venir de Littell. Peut-être va-t-il me dire tout-à-fait autre chose ? A suivre, donc.
Clopine
au fait, une seule chose est sûre : c'est que le livre de Littell soulève bien des interrogations. Ce serait déjà, pour moi, un motif suffisant d'appréciation. Tant sont rares les livres qui posent plus de questions qu'ils n'apportent de réponse.
Sinon, d'accord aussi avec le joli mot de d'Ormesson "C'est un livre charmant : on vomit à chaque page"...
Comme quoi mes vibrations peuvent avoir aussi des résonances négatives, d'abord.
Clopine, intéressée par le débat !
Rédigé par: clopine | le 08 novembre 2006 à 12:18
En tout cas, ce que je me dis, c'est qu'en parlant de livres polémiques tels que celui-ci, on contribue un peu plus à en faire sa publicité; or quand on ne souhaite pas le lire, cela me semble plutôt contradictoire...
Rédigé par: Sophie | le 08 novembre 2006 à 20:27
Bravo à Litell, 250 000 ex vendus et 2 prix, qu'il savoure son succès. Deux points me chagrinent : son dédain face aux médias - et par là même envers ses lecteurs - et le thème déjà tellement exploité qu'une maison d'édition l'ait édité sans broncher. Même avec talent, même sur 900 pages, les éditeurs savent nous renvoyer un manuscrit sans réponse ou avec la phrase qui tue "thème déjà exploité", "trop long", "trop épineux", et patati et patata... Il a eu de la chance...
Rédigé par: Sarvane | le 10 novembre 2006 à 20:32
Bel exercice pour tenter de sortir du lot. Exercice baclé. Raté. Je tombe des nues !
Le 1er argument passe encore ;
le 2e me fait sourire, mais déjà m'intrigue (la littérature, l'écrit en général, se résume donc à un nombre de pages ? ok.) ;
je passe sur le jeu de mots au beau milieu du 3e, pour m'attarder au fond : la littérature a ceci de grand de pouvoir aller plus loin que le vrai, de donner plus réaliste que le vrai, enfin bref je ne m'attarde pas trop non plus.. ;
ah ! 4e argument ! Déroutant, car notre présent, on apprend ceci assez tôt, est fait, avant tout, d'un passé, commun en plus. Et si la littérature veut parler du présent, tant mieux ; et si on Prix veut récompenser de la bonne Littérature, encore mieux.
5e argument : l'un des meilleurs - ironie quand tu nous tiens. "Il semblerait" ! Et, "furieusement", pour combler le tout ! Un nègre ? Et alors ?? On parle même de Corneille pour Molière.. je fais ma cure de Molière alors ! Qu'on arrête de le jouer...
6e : là, oui. Pourquoi pas.
7e : mouais. Gallimard devrait s'excuser d'être l'une des meilleures maisons d'édition françaises. Et il ne suffit pas de regarder du côté des petites inconnues pour trouver la grande Littérature : pas si simple. A bas les gros, vive les petits ? Non. Il y a du bon à droite et à gauche. Et si je dois payer.. tant mieux pour moi, au contraire.
Sourire au 8e - c'est déjà ça.
Ah ! Houellebecq, star de ce 9e "parce que". Il nous manquait. Zorro est arrivé. En pensant qu'il faut absolument venger un auteur, quelle que soit la qualité de son bouquin.
Donc, non, ça ne suffit pas. Vive le libre lecteur, en tout cas ! Car moi je lirai "Les Bienveillantes". Et je me fiche des prix ou autres considérations - car au final vous ne parlez aucunement de.. littérature. Sacrée littérature. Bien à vous!
Rédigé par: Pitou | le 10 novembre 2006 à 21:27
Je n'ai pas lu les bienveillantes, mais Litell n'a pas boudé tous les média, il a surtout boudé la télé : qu'un bouquin (tout de même exigeant me semble-t-il) ait un tel succès sans la télé et bien moi il me semble que c'est bon signe.
Rédigé par: Emmanuelle Pagano | le 12 novembre 2006 à 12:08
Dommage que vous ne vous donniez pas la peine de lire ce "pavé", Scribeo. Moi non plus d'habitude, je ne lis pas le Goncourt mais je voulais savoir pourquoi ce livre était déjà tant décrié avant même d'avoir remporté ne fût-ce que le Grand prix de l'Académie française.
Maintenant, je commence à comprendre et l'intégrité morale de Jonathan Littell m'incite à affirmer que, pour une fois, les jurés Goncourt ont pris leur travail au sérieux - pour une fois !
C'est un grand livre. Evidemment, il inverse le point de vue : c'est celui des bourreaux que l'on voit et c'est vrai qu'il y a de quoi déranger ceux qui pensent qu'on naît bourreau, avec de mauvaises gènes, etc ... Comme le signal le narrateur, c'est vrai qu'il y eut des sadiques et des criminels parmi eux ... mais ils ne l'étaient pas tous. Et ce sont ces derniers que Littell observe d'un oeil pénétrant et clinique.
Un grand livre et un livre intègre, que demander de mieux pour le Goncourt ?
Cordialement :
MDV ;o)
Rédigé par: MDV | le 13 novembre 2006 à 11:00
Ca me semble parfaitement, totalement convaincant.
Même si moi, j'ai encore et toujours envie de le lire...
Rédigé par: Ménille Avénale | le 13 novembre 2006 à 15:36
Ce pauvre Ploton lit Sardou, forcément lui demander de lire le Goncourt... Lui qui ne sera jamais pris au sérieux... Lui qui n'entrera jamais chez Gallimard... Oui, oui, c'est petit à dire, et pourtant...
Rédigé par: Isabelle de Beaulieu | le 13 novembre 2006 à 15:57
ce qui est drôle en lisant ploton sur littel, c'est qu'on finit par se demander pour quelles raisons le sieur ploton écrit et s'il ne s'est finalement pas trompé d'activité... futur écrivant aigri à n'en pas douter
Rédigé par: fuckinanonymous | le 19 novembre 2006 à 08:01
Encore un livre.
Ça me fait l'effet d'un marteau-piqueur dans la tête. Le sionisme s'en est fait une arme pour justifier ses horribles massacres. Et malheur à qui bronche.
Quand finira cette vague de terreur idéologique amorcée dès les années 60.
C'est ce terrorisme de la pensée, pernicieux, diffus, sournois et pervers qui ronge les consciences jusqu'à l'abrutissement le plus total qu'il faut combattre. Quasiment toute la littérature produite est mise au service d'un seul fait historique comme si l'univers se réduisait à l'Europe et à 5 années de guerre.
Moi, ça m'écoeure.
À en vomir.
Rédigé par: Marcel | le 20 novembre 2006 à 17:13
Bah moi je préfère acheter des bouquins d'auteurs méconnus, et pour ce genre de "pavé" j'irais direct à la biblio!:)
En tous les cas Les bienveillantes ne laisse presque personne indifférent!! Marketing??
Je le lirais pour savoir, mais on m'en a dit tellement de mal... Enfin on m'a aussi dit qu'il fallait le lire!! Etrange phénomène!!
Rédigé par: Elisabeth Robert | le 24 novembre 2006 à 16:31
Mais si le père Noel veut me l'offrir hein!:)
Rédigé par: Elisabeth Robert | le 24 novembre 2006 à 16:32
"même avec tout le génie littéraire qu’on lui prête, cet auteur ne saura pas me convaincre qu’il fera plus bouleversant que le récit des rescapés."
Oui, c'est un point très problématique.
Rédigé par: Eric | le 04 décembre 2006 à 08:53